Dégradations facturables au locataire : ce que le propriétaire peut retenir sur la caution
Seules les dégradations absentes de l’état des lieux d’entrée sont facturables.
- Murs troués ou tagués : dommages absents à l’entrée.
- Parquet rayé profondément : chocs ou entretien négligent.
- Robinetterie cassée : fuite après usage normal.
- Moquette brûlée : taches indélébiles facturables.
- Usure normale exclue : peinture jaunie, sols légèrement usés.
- Devis suffit juridiquement : sans facture, la preuve est recevable.
Dégradations facturables au locataire et distinction avec l’usure normale
Pour déterminer ce qui est facturable au locataire, le point de départ est toujours la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie. Sans cette comparaison, aucune retenue ne peut être justifiée. La loi distingue clairement les dégradations imputables au locataire, qui sont facturables, de l’usure normale qui reste à la charge du propriétaire.
Dégradations imputables au locataire (facturables)
Les dommages suivants, s’ils sont absents de l’état des lieux d’entrée, peuvent être retenus sur le dépôt de garantie :
- Murs troués ou tagués : trous de cheville non rebouchés, graffitis, peinture complètement refaite sans accord.
- Parquet rayé, carrelage fissuré : rayures profondes, éclats, fissures dues à des chocs ou à un entretien négligent.
- Robinetterie cassée, joints moisis : mitigeur fuyant après usage, joints noirs de moisissure nécessitant un remplacement.
- Moquette brûlée ou tachée : brûlures de cigarette, taches de vin ou d’encre indélébiles.
Usure normale non facturable (charge propriétaire)
En revanche, les marques du temps et de l’usage normal ne peuvent pas donner lieu à une retenue. Le propriétaire doit assumer la vétusté naturelle des lieux :
- Peinture défraîchie ou jaunie : décoloration, ternissement dû à la lumière et au temps.
- Sols légèrement usés, joints vieillis : usure superficielle du parquet, joints de carrelage jaunis par l’humidité normale.
- Tapis usé si ancienneté > 5 ans : un tapis de plus de cinq ans est considéré comme amorti, son remplacement n’est pas facturable.
- Équipements en fin de vie : chauffe-eau, radiateur ou électroménager qui tombe en panne par vétusté, sans négligence prouvée.
Justificatifs obligatoires : devis, facture et état des lieux

Pour que la retenue sur le dépôt de garantie soit légale, le propriétaire doit prouver l’existence et le coût des dégradations. Sans justificatifs, la retenue est abusive et peut être contestée, comme une retenue sur caution sans justificatif pour ménage.
- Comparer états des lieux entrée/sortie Ce document est le point de départ obligatoire pour identifier les différences et imputer les dégradations au locataire.
- Devis seul suffit juridiquement La Cour de cassation (Cass. Civ III, 3.04.01) admet qu’un simple devis détaillé prouve le montant des réparations, sans nécessité de facture finale.
- Facture travaux réalisés recevable Si les réparations ont été effectuées, la facture constitue une preuve solide du coût engagé par le bailleur.
- Photos et constat huissier complémentaires Des photographies datées ou un constat d’huissier renforcent la crédibilité des retenues, surtout en cas de litige.
- Retenue forfaitaire sans détail abusive Un montant prélevé sans devis ni facture, ni description précise des dégradations, est systématiquement remis en cause par les tribunaux.
Recours en cas de litige et contestation d’une retenue abusive
Si vous estimez qu’une retenue est abusive, adressez une lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire. Ce courrier doit détailler les sommes contestées et demander leur restitution. Le bailleur dispose alors de 8 jours pour répondre avant toute procédure.
En cas d’échec, saisissez gratuitement la Commission départementale de conciliation. Si le litige est inférieur à 4000 €, la juridiction de proximité est compétente. Une mise en demeure préalable reste obligatoire avant toute action en justice. Attention : le délai de prescription pour contester est de 3 ans après la fin du bail.
Les frais d’huissier éventuels sont partagés à 50 % entre les parties. Privilégiez toujours la conciliation amiable, plus rapide et moins coûteuse qu’un procès.
Délai de restitution du dépôt de garantie et pénalités de retard
| Situation | Délai de restitution | Pénalités applicables |
|---|---|---|
| État des lieux de sortie conforme à l’entrée | 1 mois à compter de la remise des clés | Majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard |
| Dégradations constatées en sortie | 2 mois à compter de la remise des clés | Majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard |
Le délai de restitution court à partir de la remise des clés, et non de la signature du bail ou de l’envoi de l’état des lieux. Si le propriétaire dépasse le délai imparti, il doit verser une majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard entamé. Cette pénalité s’applique automatiquement, sans qu’aucune mise en demeure ne soit nécessaire.
Attention : la majoration n’est pas due si le locataire n’a pas communiqué sa nouvelle adresse au bailleur. Dans ce cas, le délai court à partir de la date à laquelle le propriétaire a effectivement reçu l’adresse. Pour éviter tout litige, transmettez vos coordonnées par lettre recommandée avec accusé réception dès la remise des clés.
Ce qui ne peut pas être facturé : vétusté et charges propriétaire
Le propriétaire ne peut pas facturer la remise à neuf d’un logement ni l’usure normale. Une peinture défraîchie, des sols légèrement usés ou un tapis de plus de 5 ans relèvent de la vétusté, à sa charge, à l’image d’une maison à toit plat dont l’étanchéité s’use avec le temps. Les joints vieillissants et les traces de meubles sur la moquette ne sont pas imputables au locataire.
Les charges de copropriété non justifiées par le bailleur ou les frais de remplacement d’équipements anciens (robinetterie, chauffe-eau en fin de vie) sont également exclus. Le juge refuse les retenues pour ampoules grillées ou ménage approximatif, considérées comme un défaut d’entretien courant non facturable. Le propriétaire doit toujours déduire la vétusté d’une pièce avant de réclamer son remplacement à neuf.
Enfin, les dommages externes comme une inondation ne sont retenus que si une négligence du locataire est prouvée. Sans état des lieux précis ou facture détaillée, toute retenue forfaitaire est abusive. La loi protège le locataire des frais injustifiés, même après la prescription de 3 ans suivant la fin du bail.
FAQ sur les retenues sur le dépôt de garantie
Quel est le montant maximal que le propriétaire peut retenir pour des charges de copropriété ?
Le propriétaire ne peut pas retenir sur le dépôt de garantie des charges de copropriété non payées. Cette dette est une obligation personnelle du propriétaire envers le syndic, pas du locataire. Seules les charges locatives récupérables impayées (comme l’eau ou l’enlèvement des ordures) peuvent être retenues si elles sont justifiées par un décompte précis.
Quelles sont les retenues autorisées sur la caution d’un locataire ?
Les retenues autorisées sont les loyers impayés, les charges locatives impayées, et le coût des réparations locatives nécessaires suite à des dégradations causées par le locataire (trous dans les murs, carrelage cassé). Toute retenue doit être prouvée par un état des lieux de sortie et des justificatifs comme des devis ou factures.
Quelles dégradations peuvent être facturées au locataire par le propriétaire ?
Seules les dégradations locatives sont facturables, c’est-à-dire les dommages qui vont au-delà de l’usure normale. Cela inclut les taches sur la moquette, les vitres brisées, les poignées de porte arrachées, les traces de brûlure sur le plan de travail, ou les canalisations bouchées par négligence. L’usure due au temps (peinture ternie, moquette usée) ne peut pas être retenue.
Comment fonctionne la retenue de 20 % sur la caution d’un logement ?
Il n’existe pas de règle légale fixant une retenue forfaitaire de 20 % sur la caution. Ce chiffre est souvent une idée reçue. Le propriétaire ne peut retenir que le montant réel des dégradations ou impayés, sur justificatifs. Aucun pourcentage fixe n’est autorisé par la loi ; chaque retenue doit correspondre à une perte ou un coût prouvé.
Pour visualiser concrètement les étapes d’une contestation, un jeu de simulation peut aider à comprendre les procédures.
