Léonard de Vinci helicopter : la vis aérienne, du croquis de 1487 à l’hélicoptère moderne
La vis aérienne de Léonard de Vinci est un croquis visionnaire de 1487 qui n’a jamais pu voler.
- Croquis datant du Manuscrit B, folio 83 verso.
- Spirale de toile, mât central et quatre hommes à la manivelle.
- Principe issu de la vis d’Archimède du IIIe siècle avant notre ère.
- Tests en soufflerie virtuelle : engin presque stationnaire.
- Environ 300 ans avant le brevet d’hélice de Frédéric Sauvage.
- Rendement très faible face à un rotor de drone classique.
Description et fonctionnement du croquis de la vis aérienne
Anatomie de la vis aérienne : spirale, mât central et plateforme circulaire
- Coque en spirale hélicoïdale : une voile de toile raidie, enroulée comme un tire-bouchon géant.
- Mât central vertical : l’axe qui traverse toute la structure et supporte la vis.
- Plateforme circulaire à la base : la surface où se tiennent les opérateurs.
- Quatre hommes actionnent : ils poussent des barres pour faire tourner la spirale.
- Matériaux bois, toile, lin : des matériaux légers mais bien trop fragiles.
Pourquoi la machine ne pouvait pas s’envoler
Le principe imaginé par Léonard de Vinci repose sur la vis d’Archimède, ce dispositif du IIIe siècle avant notre ère servant à faire monter l’eau. Transposée à l’air, la spirale devait « visser » le ciel comme une vis mord dans le bois. Le dessin apparaît sur le Manuscrit B, folio 83 verso, l’un des célèbres carnets de l’artiste.
Malheureusement, la physique ne suit pas. Le poids de la machine, la faiblesse de la force humaine et le manque de couple empêchent toute portance réelle. Des chercheurs ont testé le croquis en soufflerie virtuelle : placée dans un flux d’air, la vis aérienne reste pratiquement stationnaire, incapable de générer la portance nécessaire. La machine n’a donc jamais pu voler, elle relève de l’utopie visionnaire davantage que de l’ingénierie fonctionnelle.
Comparée à un rotor de drone conventionnel, la structure de Léonard souffre d’un rendement très faible. Les pales hélicoïdales classiques canalisent mieux l’air, alors que la spirale répartit mal l’effort. Cette faiblesse explique pourquoi aucune réplique grandeur nature ne décolle par ses propres moyens.
Héritage et postérité : de la vis aérienne à l’hélicoptère moderne

La vis aérienne n’a jamais quitté le papier du vivant de Léonard de Vinci, mais son idée a traversé les siècles. Il faut attendre la redécouverte des carnets au XIXe siècle pour que le grand public prenne la mesure de cette intuition. Entre-temps, environ 300 ans séparent le croquis de la vis aérienne du brevet d’hélice marine de Frédéric Sauvage.
Cette hélice, brevetée en 1832, sera généralisée au bateau à roues à partir de 1880. Puis vient le premier ballon dirigeable motorisé Daimler, exploité en 1888, qui confirme qu’un dispositif propulsif peut soulever et diriger un engin aérien. Léonard n’a donc pas tant inventé l’hélicoptère qu’ouvert une voie conceptuelle.
L’hélicoptère moderne, lui, n’apparaît qu’au XXe siècle, une fois les moteurs légers et les matériaux disponibles. La vis aérienne reste aujourd’hui un symbole: celui d’un précurseur qui a pensé le vol vertical bien avant les moyens techniques de le réaliser.
À découvrir aussi
La vis aérienne annonce le vol vertical, mais le drone moderne s’appuie sur d’autres réalités. Le métier de droniste se construit certification après certification, entre préparation du plan de vol et analyse des données.
Inspirations modernes : drones et recherche contemporaine
La vis aérienne de Léonard de Vinci n’a jamais quitté les esprits curieux. Elle inspire aujourd’hui des ingénieurs qui cherchent à rendre les drones plus silencieux, plus discrets et plus efficaces. Une manière élégante de boucler la boucle, plus de cinq siècles après le croquis.
Des simulations en soufflerie virtuelle
Le professeur Rajat Mittal, de l’université Johns Hopkins, a testé la vis aérienne dans une soufflerie virtuelle. Sa conclusion est claire : la machine génère bien une portance, mais reste en position stationnaire, incapable de s’élever réellement. Ce résultat rejoint l’analyse des historiens.
Réduire le bruit des drones
Les drones actuels produisent un bourdonnement qui trahit leur présence. En s’inspirant du profil en spirale hérité de Vinci, des chercheurs explorent des rotors plus silencieux. L’enjeu : des drones discrets, utiles pour la surveillance, les livraisons ou l’observation en milieu sensible.
Un projet d’ingénieurs à Orléans
À Orléans, des ingénieurs ont reconstruit une vis aérienne fonctionnelle. Leur objectif n’est pas de faire voler un homme, mais d’explorer les principes de la spirale hélicoïdale appliquée à la propulsion aérienne moderne.
L’héritage biomimétique de Vinci
- Soufflerie virtuelle : Mittal analyse la portance du modèle de Vinci.
- Réduction du bruit : des rotors inspirés de la spirale pour des drones plus discrets.
- Drones de surveillance : discrétion accrue pour des missions sensibles.
- Projet d’Orléans : une vis aérienne reconstruite par des ingénieurs.
- Biomimétisme : Vinci s’inspirait déjà du vol des oiseaux et des vis d’Archimède.
La vis aérienne de Léonard de Vinci : histoire et contexte
Pour comprendre la vis aérienne, il faut se replonger dans la Milan de la fin du XVe siècle. Léonard de Vinci travaille alors au service de Ludovic Sforza, dit le More, duc de Milan. Il n’y est pas seulement peintre : il endosse le rôle d’ingénieur militaire, chargé de concevoir machines de guerre, fortifications et engins spectaculaires pour la cour.
C’est dans ce contexte très concret, et non dans un rêve isolé, que naît le croquis de la vis aérienne, que l’on situe entre 1487 et 1490. Il figure sur le Manuscrit B, folio 83 verso, un carnet aujourd’hui conservé à l’Institut de France. Léonard n’y invente pas la vis : il la connaît déjà. La vis d’Archimède, imaginée au IIIe siècle avant notre ère, sert à élever l’eau. Lui la retourne vers le ciel.
L’engin s’inscrit dans une période d’intense réflexion sur le vol humain, menée entre 1485 et 1490. Léonard n’arrive pas les mains vides : il a déjà derrière lui une automobile à moteur à ressort (1478), un projet de char conique présenté au duc de Milan (1482) et un char d’assaut (1485). Cette même curiosité mécanique donnera plus tard le Codex sur le vol des oiseaux (1505), où il dissèque le vol battu pour mieux le transposer à la machine.
Ce croquis s’ancre donc dans un siècle, le XVe, où l’on conçoit les premières machines volantes à force de ressorts, de poulies et de vis. Le tableau ci-dessous récapitule les jalons qui entourent et prolongent cette invention.
| Année | Invention ou événement | Contexte historique |
|---|---|---|
| 1478 | Automobile à moteur à ressort | Premières années à la cour de Milan |
| 1482 | Projet de char conique | Présenté à Ludovic Sforza |
| 1485 | Char d’assaut | Ingénierie militaire au service du duc |
| 1487-1490 | Dessin de la vis aérienne | Recherches sur le vol humain |
| 1505 | Codex sur le vol des oiseaux | Somme de ses observations naturalistes |
| 1832 | Brevet d’hélice marine | Frédéric Sauvage relance l’idée |
| 1888 | Premier ballon dirigeable motorisé | Moteur Daimler appliqué au vol |
De la vis d’Archimède au ballon dirigeable motorisé, l’idée traverse ainsi près de trois siècles avant de trouver ses applications concrètes. Sans ces jalons historiques, la vis aérienne ne serait qu’une jolie esquisse. Replacée dans son siècle, elle devient une étape dans une longue lignée d’expérimentations.
Contexte biographique : les inventions de Léonard de Vinci
Léonard de Vinci incarne le génie de la Renaissance, cette période où art et science se nourrissent mutuellement. À la cour du duc de Milan Ludovic Sforza, il officie comme ingénieur militaire et conçoit des machines de guerre audacieuses : un char d’assaut en 1485, ou encore un projet de char conique présenté au duc dès 1482. Son esprit ne s’arrête pourtant pas au champ de bataille.
Sa curiosité le pousse vers des territoires inattendus. Dès 1478, il imagine une automobile animée par un moteur à ressort, puis explore le mouvement perpétuel. Mais c’est le vol qui le fascine le plus : entre 1485 et 1490, il mène sa première étude sérieuse sur le vol aéronautique humain, avant de publier le Codex sur le vol des oiseaux en 1505. Ce traité, fruit d’observations minutieuses, pose les bases de sa réflexion sur les machines volantes.
Ses dernières années s’écoulent au Clos Lucé, où il est l’invité de François Ier. C’est dans ce cadre paisible qu’il poursuit ses recherches et laisse derrière lui des carnets qui ne seront redécouverts qu’au XIXe siècle, révélant toute l’avance de son génie visionnaire.
